3 Du potentiel de l’accessibilité aux trajets effectifs
L’indicateur d’accessibilité permet d’évaluer le potentiel. La modélisation des flux et leur calage sur les flux intercommunaux issus de MOBPRO permet de réaliser ce passage. Il est est difficile de dire qu’un indicateur est supérieur systématiquement à l’autre. Les flux sont la bonne source pour imputer les émissions de GES à chaque ménage de chaque carreau. L’accessibilité intéresse l’urbaniste pour évaluer l’attractivité d’un territoire ou participe à expliquer le gradient de prix sur les territoires. A priori, on attend plus de contraste pour l’accessibilité, les comportements ayant tendance à transférer les différences d’accessibilité sur d’autres dimensions. Ainsi, un individu disposant d’une faible accessibilité aura sans doute un emploi proche de chez lui, qu’il ait choisi l’emploi en fonction de l’endroit où il habite ou l’endroit où il habite en fonction de l’emploi qu’il a trouvé. En revanche, le potentiel ne dit rien sur le tri spatial qui est opéré sur le territoire. Tous les ménages ne sont pas uniformément répartis sur le territoire mais sont fortement ségrégés spatialement suivant certaines caractéristiques, en particulier le revenu et le nombre d’enfants.
3.1 Méthode
La méthode employée suit celle développée dans Parodi et Timbeau (2024a) et mise en œuvre à la Rochelle (Lempérière et al., 2023).
La première étape consiste à prendre en compte la géographie du territoire par la localisation au carreau 200m des résidents et des emplois (voir les parties sur les localisations et l’accessibilité). Ces localisations sont ensuite reliées par les réseaux de transport, pour 4 modes [marche, vélo, transport en commun, voiture]. A ce stade la voiture n’intègre pas la congestion, les données proposées par Mapbox le permettraient.
La seconde étape consiste à utiliser MEAPS (Parodi et Timbeau, 2023) pour générer les flux d’un carreau à l’autre. MEAPS permet de reproduire avec un faible nombre de paramètres (Parodi et Timbeau, 2024b) les données intercommunales issues de la mobilité professionnelle quotidienne (MOBPRO) et de respecter les équilibres d’ensemble (un emploi reçoit un actif, chaque actif a un emploi). Du fait de ces propriétés, il est possible d’utiliser MEAPS pour intrapoler à une échelle géographique fine (celle de la première étape) les flux.
La troisième étape associe aux flux les fréquences, la complexité des boucle et le mode de transport. Cette analyse est également conduite au niveau fin du carreau 200m, pour différentes catégories de ménage. Les catégories de ménages sont identifiées soit à l’IRIS soit à la commune et sont intrapolées à partir des données carroyées de l’INSEE (pour l’année 2019) (Parodi et Timbeau, 2024a). En multipliant les flux, les fréquences, les complexités de boucles, les modes, les distances entre le domicile et le travail on obtient alors un estimateur des kilomètres parcourus. On passe ensuite du nombre de kilomètres au CO2 par l’application d’un cœfficient uniforme1 indiquant le contenu en CO2 d’un kilomètre en moyenne pour une voiture aux kilomètres parcourus en voiture.
1 Le SDES a publié récemment une version enrichie de l’EMP 2019 en intégrant des cœfficients d’émission de CO2 pour les véhicules possédés par les ménages. Jusqu’à maintenant cette information était déclarative et très approximative. Cette information est plus riche et sera prochainement intégrée, si possible.
A ce stade, les modèles estimés le sont sur les données de l’Enquête Mobilités des Personnes (EMP 2019), hors Ile de France. Dans une prochaine étape, nous utiliserons l’EMC2 à titre de comparaison, sous réserve que l’EMC2 permettent les mêmes analyses.
3.2 CO2 pour les mobilités professionnelles, point de vue « résident »
A partir de la génération des flux (étapes 1 et 2) et la prise en compte de la répartition spatiale des individus et des caractéristiques des ménages (enfants, voiture, niveau de vie), on peut estimer les émissions de CO2 associées au motif professionnel déplacement domicile travail du point de vue des résidents. Ainsi pour chaque carreau 200m, en moyenne pour les différents type de ménages qui s’y trouve, on calcule les kilomètres parcourus ainsi que les émissions de CO2.
Par construction, cette évaluation est telle qu’une fois agrégée au niveau des communes ou des arrondissements on retrouve (avec une petite marge d’erreur) les données de MOBPRO.
